Méditations liturgiques
5 octobre
Saint Maur et Saint Placide, disciples de Saint Benoît et conf.
Il nous faut préparer nos cœurs et nos corps à combattre sous la sainte obéissance à ses commandements. Et quant à ce qui en nous paraîtrait impossible à notre nature, prions le Seigneur qu’il veuille nous prêter le secours de sa grâce.
Prologue de Saint Benoît à sa RègleSaint Maur et saint Placide, leur vie et leur culte
L’édition de 1963 du Bréviaire monastique a rendu aux deux disciples de saint Benoît leur qualité de confesseurs et les réunit, au 5 octobre, sous le titre de « Saints Maur et Placide, disciples du S. P. Benoît, confesseurs ». Ce retour à la tradition ancienne invite à distinguer ce que nous savons réellement des deux jeunes moines de ce que les siècles suivants ont ajouté à leur histoire. Saint Grégoire le Grand demeure notre source fondamentale : ses Dialogues nous font connaître Maur et Placide auprès de saint Benoît et nous ont conservé les quelques traits certains de leur vie. À partir de ce noyau ancien, leurs cultes connurent ensuite des développements distincts : celui de saint Maur autour de Glanfeuil et celui de saint Placide autour de la tradition sicilienne de Messine. Il convient donc d’examiner d’abord les témoignages de saint Grégoire, puis séparément l’histoire du culte de chacun des deux saints.
Saint Maur et saint Placide dans les Dialogues de saint Grégoire
Saint Grégoire le Grand, dans ses Dialogues (l. II), ne satisfait guère notre curiosité sur les deux jeunes disciples de saint Benoît. À la fin du chapitre III, nous apprenons que Tertullus, un patricien, confia son fils Placide à saint Benoît, tandis qu’Euticius lui donnait son fils Maur. Celui-ci, quoique jeune, était assez sérieux pour aider utilement son maître. Placide était encore un enfant1Grégoire le Grand, Dialogues, l. II, ch. III, § 14, dans Dialogues, t. II, livres I-III, texte critique et notes par Adalbert de Vogüé, traduction par Paul Antin, Sources chrétiennes, n° 260, Paris, Cerf, 1979, p. 150-151. Voir l’édition..
Dom Mabillon place en 522 cette « présentation » de Maur et Placide à saint Benoît2Dom Jean Mabillon, Annales Ordinis S. Benedicti occidentalium monachorum patriarchae, t. I, Paris, Charles Robustel, 1703, l. II, ad an. 522, p. 38. Voir l’ouvrage en ligne..
Au chapitre IV, Maur apparaît auprès de saint Benoît dans un des monastères fondés par celui-ci. Un religieux ne pouvait demeurer à l’oraison et sortait régulièrement après la psalmodie. Benoît vit qu’un petit être noir le tirait au dehors par le bord de son vêtement. Il demanda à Pompéianus, abbé de ce monastère, et à Maur s’ils voyaient ce qui se passait. Après deux jours de prière, Maur put à son tour voir ce que voyait son maître, tandis que Pompéianus ne le voyait toujours pas3Grégoire le Grand, Dialogues, l. II, ch. IV, § 2, SC 260, p. 152-153. Voir l’édition..
Au chapitre V, nous voyons saint Benoît faire, une nuit, avec le petit Placide (parvulo puerulo), l’ascension d’un sommet pour y prier afin que le Seigneur y amène de l’eau pour la commodité des moines4Ibid., l. II, ch. V, § 2, p. 154-155..
Au chapitre VI, un Goth qui avait embrassé la vie monastique perdit dans le lac le fer de l’outil avec lequel il défrichait un terrain. Tout tremblant, il courut trouver Maur, lui raconta son accident et reconnut sa faute. Maur avertit aussitôt saint Benoît, qui se rendit au bord du lac et fit miraculeusement revenir le fer du fond de l’eau5Ibid., l. II, ch. VI, § 2, p. 156-157..
Mais c’est surtout au chapitre VII que saint Grégoire unit les deux jeunes disciples dans un même récit. Placide y apparaît encore comme l’enfant confié à saint Benoît ; Maur, comme le disciple dont l’obéissance prompte va être l’instrument d’un miracle. Le récit mérite d’être donné tout entier :
Un jour que le vénérable Benoît se tenait dans sa cellule, Placide, le jeune moine du saint homme, sortit pour aller au lac puiser de l’eau ; mais en y plongeant ses récipients, ou la cruche qu’il tenait, il perdit l’équilibre et la suivit dans l’eau. Bientôt le courant l’entraîna et l’emporta loin du bord, à peu près à une portée de flèche. Or l’homme de Dieu, de l’intérieur de sa cellule, en eut tout de suite connaissance et appela Maur en hâte : « Frère Maur, cours, car cet enfant qui était allé puiser de l’eau est tombé dans le lac, et déjà le courant l’emporte fort loin! » Chose merveilleuse et inouïe depuis l’apôtre Pierre : ayant demandé et reçu la bénédiction, sur l’ordre de son père, Maur se précipite ; il court jusqu’au lieu où le flot avait entraîné l’enfant, se croyant sur la terre ferme dans sa course sur les eaux. Il le saisit par les cheveux et revient de même en courant. Dès qu’il eut touché terre, revenu à lui, il regarda en arrière, et s’aperçut qu’il avait couru sur les eaux. Stupéfait, il frémit d’avoir fait ce qu’il n’eût jamais pensé pouvoir faire. De retour auprès du Père, il lui raconta ce qui s’était passé. Le vénérable Benoît commença à attribuer cela non à ses propres mérites, mais à l’obéissance. Au contraire Maur disait que c’était dû au seul commandement, et qu’il n’était pour rien dans un don accompli inconsciemment. Dans cet aimable assaut d’humilité, intervint comme arbitre l’enfant qui avait été sauvé. Il déclara : « Moi, comme on me tirait de l’eau, au-dessus de ma tête je voyais la melote [manteau] de l’abbé, et je pensais que c’était bien lui qui me sortait de l’eau. »6Ibid., l. II, ch. VII, §§ 1-3, p. 156-159. La traduction reproduite ici est celle des Bénédictins de Paris, dans J. Baudot et L. Chaussin, Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes, t. X, Octobre, Paris, Letouzey et Ané, 1952, p. 119.
Enfin, au chapitre VIII, Maur apparaît encore dans l’épisode du prêtre Florentius. Celui-ci avait longtemps persécuté saint Benoît. Après le départ du saint, Florentius périt dans l’effondrement de sa maison. Maur, qui apprit la nouvelle, la fit aussitôt porter à son maître et se réjouit de la mort du persécuteur. Benoît en fut profondément attristé, à la fois de la mort de son ennemi et de la joie qu’en avait éprouvée son disciple ; il imposa donc à Maur une pénitence pour s’être réjoui de cette mort7Grégoire le Grand, Dialogues, l. II, ch. VIII, § 7, SC 260, p. 164-165. Voir l’édition..
Tels sont les renseignements que saint Grégoire nous a laissés sur les deux jeunes disciples. Ils suffisent à dessiner leurs figures respectives : Placide apparaît encore comme l’enfant confié à saint Benoît ; Maur comme un disciple déjà plus avancé, assez proche de son maître pour le seconder, remarquable surtout par son obéissance, mais toujours soumis à sa formation et à ses corrections. Au-delà de ces quelques traits, les récits beaucoup plus développés qui concernent l’un et l’autre appartiennent à l’histoire ultérieure de leur culte et de leur tradition hagiographique.
Le culte de saint Maur
Le culte de saint Maur est bien attesté à l’époque carolingienne8Voir le ms. lat. 1153, f. 12v de la Bibliothèque nationale de France à Paris, contenant notamment des offices d’Alcuin ; les noms de saint Maur et de saint Babolein y sont ajoutés aux litanies.. Il semble commencer à particulièrement se développer à partir de l’abbaye de Glanfeuil, en Anjou. En effet, vers 864, l’abbé Odon fait connaître une Vita Mauri9John B. Wickstrom (éd.), La Vie et les Miracles de saint Maur, traduction de l’anglais par dom Patrick Hala, Solesmes, Éditions de Solesmes, coll. « Monastica », 2023, 177 p. qu’il présente comme une Vie beaucoup plus ancienne, composée au 6ème siècle par un certain Faustus, moine du Mont-Cassin et compagnon de saint Maur. Odon déclarait n’avoir fait que retrouver et remanier ce texte.
D’après cette Vita, Maur était né à Rome en 512, d’une famille sénatoriale ; son père était Equitius, déjà nommé par saint Grégoire, et sa mère Julia. Confié à saint Benoît à l’âge de douze ans, il aurait été formé par lui, puis établi comme prieur au Mont-Cassin. Vers la fin de 542, deux envoyés de l’évêque du Mans seraient venus demander à saint Benoît quelques religieux pour fonder un monastère dans les Gaules. Benoît aurait choisi Maur, lui aurait adjoint plusieurs compagnons et lui aurait remis le livre de la Règle ainsi que des lettres pour l’évêque.
Maur et ses compagnons se seraient alors mis en route, passant notamment par Verceil, Saint-Maurice d’Agaune et Orléans. Ils auraient finalement obtenu à Glanfeuil, près de la Loire, un emplacement pour leur monastère, dont l’église aurait été consacrée en 552 par Eutrope, évêque d’Angers. La vie de Maur y aurait été illustrée par de nombreux miracles. Après trente-huit années d’abbatiat, il aurait résigné sa charge et se serait retiré près de l’oratoire Saint-Martin. Atteint à son tour par une épidémie qui avait enlevé un grand nombre de ses religieux, il serait mort le 15 janvier 58410J. Baudot et L. Chaussin, Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes, t. I, Janvier, Paris, Letouzey et Ané, 1935, p. 309-312..
Son corps aurait été enseveli dans l’oratoire. Un parchemin joint plus tard aux reliques portait une inscription affirmant qu’il s’agissait du corps de Maur, religieux et diacre venu en France au temps du roi Théodebert ; Baudot et Chaussin tenaient déjà ce document pour suspect. Les reliques attribuées au saint connurent ensuite diverses translations. Elles furent notamment transportées à l’abbaye des Fossés, près de Paris, en 868 ; après de nouveaux déplacements, elles y revinrent en 921. L’abbaye en conserva le souvenir jusque dans son nom de Saint-Maur-des-Fossés11Baudot et Chaussin, op. cit., p. 312. Voir également Odon de Glanfeuil, Translatio et miracula sancti Mauri abbatis Glannafoliensis, œuvre du 9ème siècle..
Mais ce récit semble très fragile. Une lacune documentaire d’environ deux cent cinquante ans sépare l’époque où Maur aurait vécu à Glanfeuil des textes carolingiens sur l’histoire de cette abbaye. Sa fondation par le disciple de saint Benoît ne repose donc que sur le récit de Faustus rapporté par Odon. Or, dès la fin du 19ème siècle, il a été montré que ce récit utilisait des éléments postérieurs à l’époque où celui-ci était censé avoir vécu, et donc que la Vita devait être considérée comme l’œuvre du seul Odon12Odon de Glanfeuil, Epistola de inventione vitae sancti Mauri, dans Bibliotheca Hagiographica Latina antiquae et mediae aetatis, éd. Société des Bollandistes, Bruxelles, 1898-1901, n° 5772 ; Vita sancti Mauri, attribuée au pseudo-Faustus, ibid., n° 5773. Voir A. Giry, « La Vie de saint Maur du Pseudo-Faustus », Bibliothèque de l’École des chartes, t. LVII, 1896, p. 149-152 ; A. Molinier, Les Sources de l’histoire de France. Des origines aux guerres d’Italie (1494), t. I, Paris, A. Picard et fils, 1901, n° 583, p. 161-162..
Enfin, l’existence ancienne à Glanfeuil d’un autre religieux ou d’un culte local de saint Maur a été envisagée, mais elle demeure elle-même hypothétique13Sur l’hypothèse d’un Maur plus ancien à Glanfeuil, distinct du disciple de saint Benoît, et sur ses difficultés, voir notamment Herbert Bloch, « The Schism of Anacletus II and the Glanfeuil Forgeries of Peter the Deacon of Monte Cassino », Traditio, t. VIII, 1952, p. 159-264, spécialement n. 116..
Le culte de saint Placide14Cette section reprend, à partir de ce qui concerne proprement le culte de saint Placide, la notice des Bénédictins de Paris, J. Baudot et L. Chaussin, Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes, t. X, Octobre, Paris, Letouzey et Ané, 1952, p. 119-122. Les passages des Dialogues de saint Grégoire placés plus haut ont seuls été retranchés afin d’éviter les répétitions. Voir également U. Berlière, « Le culte de S. Placide », Revue bénédictine, t. XXXIII, 1921, p. 19-45. Lire l’article de Dom Berlière..
Des litanies, à partir du 10ème siècle, invoquent saint Placide, toujours classé parmi les moines, les confesseurs
Une fresque rupestre près de Vallerano (pays de Viterbe) figure saint Placide près de saint Benoît et de saint Maur. Ils portent tunique et scapulaire ; Placide tient une croix blanche dans la main droite. Ce document est de la fin du 10ème siècle, ou d’un peu postérieur.
À la fin du 11ème siècle, les moines cassiniens s’avisèrent de rattacher leur saint confesseur, commémoré le 5 octobre, à un martyr sicilien homonyme que les anciens martyrologes donnaient ce même jour. Pierre Diacre, de la grande abbaye, se chargea de conférer au modeste disciple de saint Benoît la gloire resplendissante du martyre ; il écrivit sans ambages des Actes qu’il signa du nom de Gordien, soi-disant compagnon du martyr. Placide était envoyé par saint Benoît en Sicile où il fondait un monastère à Messine.
Saint Benoît aurait eu douze propriétés en Sicile, qui lui auraient été données par Tertullus quand il revint voir son fils en 532, au Cassin, accompagné de Symmaque, Boèce, Equitius, Gordien, Vitalien. L’acte de donation, écrit sur un parchemin du 10ème siècle, était conservé au Cassin, mais il était évidemment apocryphe : Symmaque et Boèce étaient déjà morts en 532.
Placide était pris par les Sarrasins commandés par l’odieux Mamucha (Manucha), puis martyrisé avec sa sœur Flavia, et plusieurs autres compagnons. Les noms sont fournis par les manuscrits du martyrologe hiéronymien. Euticius est un martyr d’Héraclée (29 septembre). Victorion est un nom mystérieux. La vierge Flavina et le diacre Firmatus seraient des saints de la ville d’Auxerre en Gaule. Il y a beaucoup de Donatus. Faustus semble un martyr de Cordoue (13 octobre).
Le 4 août 1588, on découvrit dans le chœur de Saint-Jean-Baptiste de Messine trois corps d’hommes et un de femme : saint Placide, ses deux frères, et sa sœur ! Puis on trouva d’autres squelettes, si bien que le total de trente-trois fut largement dépassé. La nouvelle fit d’abord sensation, et la fête de saint Placide et de ses compagnons martyrs fut instituée (1588) pour toute l’Église, avec insertion au martyrologe romain. Le Bréviaire monastique de 1612 la propagea chez tous les bénédictins. Adrien Baillet écrivait fort judicieusement dans ses Vies des saints, au 5 octobre (t. III, 1704, col. 79 ; ou rééd., 1724), qu’il n’y avait « rien que de douteux et d’incertain dans l’adjudication de ces corps nouvellement découverts ».
Les savants catholiques, mauristes et bollandistes, estimèrent longtemps que l’approbation romaine de 1588 imposait à la critique historique une sourdine respectueuse. Cependant, dès le début des années 1950, le Saint-Siège autorisait l’ordre bénédictin à se servir du commun des martyrs pour saint Placide, rejetant ainsi le roman du Pseudo-Gordien. En 1952, Baudot et Chaussin espérait pouvoir le fêter comme confesseur, de même que saint Maur. Ce retour à la saine tradition du haut Moyen Âge fut effectif dans le Bréviaire monastique de 1963.
Le moinillon de saint Benoît, l’enfant de troupe du « bataillon fraternel » (prologue de la Règle, début), est devenu le patron de nos actuels noviciats bénédictins. De là cette coutume, pour la Saint-Placide, de faire officier le Père maître entouré, dans la mesure du possible, par ses novices (cf. Huysmans, L’oblat, p. 47-64).
Notes
- Grégoire le Grand, Dialogues, l. II, ch. III, § 14, dans Dialogues, t. II, livres I-III, texte critique et notes par Adalbert de Vogüé, traduction par Paul Antin, Sources chrétiennes, n° 260, Paris, Cerf, 1979, p. 150-151. Voir l’édition. ↩
- Dom Jean Mabillon, Annales Ordinis S. Benedicti occidentalium monachorum patriarchae, t. I, Paris, Charles Robustel, 1703, l. II, ad an. 522, p. 38. Voir l’ouvrage en ligne. ↩
- Grégoire le Grand, Dialogues, l. II, ch. IV, § 2, SC 260, p. 152-153. Voir l’édition. ↩
- Ibid., l. II, ch. V, § 2, p. 154-155. ↩
- Ibid., l. II, ch. VI, § 2, p. 156-157. ↩
- Ibid., l. II, ch. VII, §§ 1-3, p. 156-159. La traduction reproduite ici est celle des Bénédictins de Paris, dans J. Baudot et L. Chaussin, Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes, t. X, Octobre, Paris, Letouzey et Ané, 1952, p. 119. ↩
- Grégoire le Grand, Dialogues, l. II, ch. VIII, § 7, SC 260, p. 164-165. Voir l’édition. ↩
- Voir le ms. lat. 1153, f. 12v de la Bibliothèque nationale de France à Paris, contenant notamment des offices d’Alcuin ; les noms de saint Maur et de saint Babolein y sont ajoutés aux litanies. ↩
- John B. Wickstrom (éd.), La Vie et les Miracles de saint Maur, traduction de l’anglais par dom Patrick Hala, Solesmes, Éditions de Solesmes, coll. « Monastica », 2023, 177 p. ↩
- J. Baudot et L. Chaussin, Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes, t. I, Janvier, Paris, Letouzey et Ané, 1935, p. 309-312. ↩
- Baudot et Chaussin, op. cit., p. 312. Voir également Odon de Glanfeuil, Translatio et miracula sancti Mauri abbatis Glannafoliensis, œuvre du 9ème siècle. ↩
- Odon de Glanfeuil, Epistola de inventione vitae sancti Mauri, dans Bibliotheca Hagiographica Latina antiquae et mediae aetatis, éd. Société des Bollandistes, Bruxelles, 1898-1901, n° 5772 ; Vita sancti Mauri, attribuée au pseudo-Faustus, ibid., n° 5773. Voir A. Giry, « La Vie de saint Maur du Pseudo-Faustus », Bibliothèque de l’École des chartes, t. LVII, 1896, p. 149-152 ; A. Molinier, Les Sources de l’histoire de France. Des origines aux guerres d’Italie (1494), t. I, Paris, A. Picard et fils, 1901, n° 583, p. 161-162. ↩
- Sur l’hypothèse d’un Maur plus ancien à Glanfeuil, distinct du disciple de saint Benoît, et sur ses difficultés, voir notamment Herbert Bloch, « The Schism of Anacletus II and the Glanfeuil Forgeries of Peter the Deacon of Monte Cassino », Traditio, t. VIII, 1952, p. 159-264, spécialement n. 116. ↩
- Cette section reprend, à partir de ce qui concerne proprement le culte de saint Placide, la notice des Bénédictins de Paris, J. Baudot et L. Chaussin, Vies des saints et des bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des fêtes, t. X, Octobre, Paris, Letouzey et Ané, 1952, p. 119-122. Les passages des Dialogues de saint Grégoire placés plus haut ont seuls été retranchés afin d’éviter les répétitions. Voir également U. Berlière, « Le culte de S. Placide », Revue bénédictine, t. XXXIII, 1921, p. 19-45. Lire l’article de Dom Berlière. ↩
Du Prologue de Saint Benoît à sa Règle
Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître (Prv 1, 8), et prête l’oreille de ton cœur (Prv 4, 20). Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.
D’abord, en tout bien que tu entreprennes, demande-lui par une très instante prière qu’il le mène à bonne fin. Ainsi, lui qui a daigné nous compter parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut, en effet, lui obéir en tout temps, à l’aide des biens qu’il a mis en nous, afin que non seulement, tel un père offensé, celui-ci n’ait pas à déshériter un jour ses enfants, mais encore qu’en maître redoutable, irrité par nos méfaits, il n’ait pas à nous livrer à la peine éternelle, comme de très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire.
Levons-nous donc enfin à cette exhortation de l’Écriture qui nous dit : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11). Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons l’avertissement que nous adresse chaque jour cette voix de Dieu qui nous crie : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez vos cœurs ! » (Ps 94, 8) ; et encore : « Qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ! » (Apc 2, 7) Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur » (Ps 33, 12). Courez, tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. (Io 12, 35)
Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple auquel il fait entendre ce cri, dit encore : « Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » (Ps 33, 13) Que si, à cette parole, tu réponds : « C’est moi ! » , Dieu te dit alors : « Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ; détourne-toi du mal et agis bien ; cherche la paix et poursuis-la » (Ps 33, 14-15). Et lorsque vous aurez fait ces choses, « mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières » (Ps 33, 16), et « avant même que vous m’invoquiez, je dirai : Me voici » (Is 58, 9). Quoi de plus doux pour nous, mes très chers frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous montre le chemin de la vie.
Nos reins ceints de la foi et de l’observance des bonnes œuvres (Is 11, 5 ; Eph 6, 14), sous la conduite de l’Évangile, marchons donc dans ses sentiers, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter sa demeure, il nous faut y courir par les bonnes œuvres, sans lesquelles on n’y parvient pas.
Prières
Oraison
Accordez, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, que les exemples de vos bienheureux confesseurs Maur et Placide nous portent à une vie meilleure ; afin que, célébrant leur mémoire, nous imitions aussi leur conduite.
Hymne Puellus Placidus (Dom François Le Bannier, O.S.B.)
Le jeune Placide, que son père a offert, est présenté à Dieu comme une hostie sans tache ; déjà, illustre ornement du noviciat, il est donné en exemple à ceux qui veulent l’imiter.
Docile à son abbé, portant une cruche de terre qu’il plonge dans l’eau, le jeune enfant, imprudent, s’éloigne du rivage et se trouve presque englouti par les flots.
Pourquoi, Maur, hâtes-tu ainsi tes pas en parcourant la surface du lac ? Ô homme obéissant, la voix de ton pieux père te conduit, par un chemin inaccoutumé, à de grandes merveilles.
Bientôt, le lac rend Placide qu’il avait emporté. Mais par les mérites de qui ? Est-ce Maur ou le père de Nursie qui l’a arraché aux profondeurs des eaux ? L’enfant résout la question.
À vous, ô Trinité, soit une louange éternelle, vous qui rassasiez les habitants du ciel de la lumière de votre visage ; accordez à vos serviteurs, par le chemin de la sainte Règle, d’obtenir la récompense de ces deux saints. Ainsi soit-il.
Prière à saint Maur et saint Placide
Seigneur très bon et très saint, vous avez appelé saint Maur et saint Placide dès leur jeunesse à vous servir sous la conduite de saint Benoît, et vous les avez formés à la pureté du cœur, à l’obéissance et à la vie cachée.
Vous avez manifesté en eux la puissance de votre grâce lorsque saint Placide, tombé dans les eaux, fut sauvé par saint Maur, dont l’obéissance prompte et généreuse ne connut ni hésitation ni obstacle.
À leur exemple, apprenez-nous à aimer la simplicité, à obéir sans délai et à chercher non pas notre volonté, mais la vôtre. Donnez-nous d’accueillir les événements les plus ordinaires comme des appels à la fidélité, et d’accomplir dans le silence ce que vous attendez de nous.
Faites-nous vivre dans l’ombre de vos saints, sans rechercher l’honneur, mais seulement le service ; sans bruit, mais avec un cœur brûlant d’amour pour vous.
Par l’intercession de saint Maur et de saint Placide, préservez-nous des dangers visibles et invisibles. Donnez-nous de demeurer fidèles à l’école du service divin où vous nous avez appelés et faites que, toujours soutenus par votre main, nous arrivions un jour au port de la vie éternelle. Ainsi soit-il.
Antienne
Ã. Ô norme de vie céleste, notre pasteur et chef, Benoît : avec le Christ votre âme exulte dans les cieux ; pasteur saint, conservez votre troupeau, aidez-le de votre sainte prière, et par une voie lumineuse, faites-le entrer au ciel sous votre égide.
